À Conakry, la justice économique franchit un nouveau seuil. Le Parquet spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) vient d’activer une mesure lourde de sens : l’interdiction de sortie du territoire national visant plusieurs Directeurs Administratifs et Financiers (DAF) poursuivis pour des infractions économiques d’une gravité exceptionnelle.
Derrière la technicité juridique de cette décision, se dessine une volonté claire : empêcher toute fuite, verrouiller les procédures et restaurer l’autorité de l’État face à des pratiques longtemps tolérées, voire banalisées.
Car les faits reprochés ne sont pas anodins. Détournement de deniers publics, blanchiment d’argent, corruption, abus de biens sociaux, faux et usage de faux… autant d’infractions qui, cumulées, dessinent les contours d’un système où la gestion des ressources publiques a souvent été détournée de sa finalité première : servir l’intérêt général.
En s’appuyant sur l’article 16 de l’ordonnance fondatrice de la CRIEF, le Parquet spécial ne fait pas que prévenir un risque de fuite. Il envoie un message : désormais, la responsabilité pénale des gestionnaires publics n’est plus théorique, elle est concrète, immédiate et contraignante.
Mais au-delà de la rigueur judiciaire, une question fondamentale s’impose : cette fermeté marque-t-elle une rupture durable ou une intensification ponctuelle de la lutte contre l’impunité ?
La réponse dépendra de la cohérence des actions à venir. Une justice crédible ne se limite pas à des interdictions de sortie du territoire. Elle exige des enquêtes rigoureuses, des procès équitables, et surtout des décisions rendues dans des délais raisonnables. Sans cela, le risque est grand de transformer des mesures conservatoires en instruments de pression, voire en symboles sans lendemain.
Dans un pays où la gouvernance financière a longtemps souffert de défaillances structurelles, la montée en puissance de la CRIEF constitue une opportunité historique. Celle de refonder la culture de gestion publique, d’imposer la transparence et de réhabiliter la confiance des citoyens.
Mais cette ambition ne pourra se concrétiser que si la justice reste indépendante, impartiale et à l’abri de toute instrumentalisation politique.
L’interdiction de sortie du territoire n’est donc pas qu’une mesure procédurale. Elle est un test. Un test de crédibilité pour la justice guinéenne. Un test de sincérité pour les autorités de la transition. Et surtout, un test d’espoir pour un peuple en quête de justice.
MAGJURY signe ici une conviction : la lutte contre la corruption ne se proclame pas, elle se prouve.
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