Le premier Bulletin de Performance Sanitaire du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique pour le premier trimestre 2026 dresse un tableau sans complaisance du système sanitaire guinéen. Derrière des avancées remarquables en matière de collecte et de qualité des données se cachent encore de profondes inégalités d’accès aux soins, particulièrement dans la santé maternelle et la vaccination.
La santé d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses hôpitaux, à ses médecins ou à ses budgets. Elle se mesure aussi à sa capacité à regarder la réalité en face. À cet égard, le premier Bulletin de Performance Sanitaire 2026 constitue un exercice salutaire de transparence.
Les résultats publiés révèlent d’abord une réussite institutionnelle majeure : le Système National d’Information Sanitaire affiche une complétude de 100 % et une promptitude de 99 %, tandis que la qualité des données dépasse le seuil de référence avec un score RDQA de 82 %. Dans un pays où la faiblesse des statistiques a longtemps freiné les politiques publiques, cette performance mérite d’être saluée. Car gouverner sans données fiables revient à naviguer sans boussole.
Mais les chiffres, lorsqu’ils sont sincères, ont aussi l’avantage de révéler les fragilités. Et celles-ci sont nombreuses. La couverture vaccinale nationale reste en dessous des objectifs, plusieurs régions accusent des retards préoccupants, tandis que le taux d’abandon du calendrier vaccinal demeure élevé. Plus inquiétant encore, les indicateurs de santé maternelle continuent d’envoyer des signaux d’alerte, notamment à Conakry où les accouchements assistés et le suivi prénatal restent largement insuffisants.
L’autre enseignement majeur de ce rapport réside dans la transition sanitaire que connaît la Guinée. Le paludisme demeure la première cause de mortalité, mais les maladies non transmissibles comme l’hypertension, le diabète ou les accidents vasculaires cérébraux progressent silencieusement. Cette double pression impose une adaptation profonde du système de santé, encore largement structuré autour des maladies infectieuses.
Pour autant, le bulletin laisse entrevoir des raisons d’espérer. Les réformes numériques engagées, le projet Kendeya, la modernisation du pilotage sanitaire, l’intégration prochaine des nouvelles données démographiques et le renforcement des partenariats internationaux témoignent d’une volonté de transformation.
La question n’est donc plus de savoir ce qui ne fonctionne pas. Les diagnostics existent désormais. La véritable interrogation est celle de la capacité collective à transformer ces constats en décisions concrètes et rapides. Car un indicateur ne sauve aucune vie ; seule l’action qui en découle le peut.
La Guinée dispose aujourd’hui d’un atout précieux : une meilleure connaissance de ses forces et de ses faiblesses sanitaires. Reste à convertir cette intelligence statistique en résultats tangibles pour les populations. Comme le rappelle le bulletin lui-même, les données sont désormais disponibles ; l’histoire jugera la volonté politique et administrative qui les transformera ou non en progrès réel pour chaque Guinéen.
Document joint
Bulletin_Performance_Sanitaire_N1_T1_28052026.pdf (5,4 Mo)
Soyez le premier à commenter cet article.