Le Parquet Spécial près la Cour de Repression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) vient de franchir une étape décisive dans la moralisation de la vie publique. Par un communiqué officiel daté du 6 mai 2026, le Procureur Spécial annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire d'envergure visant à assainir le fichier unique de gestion administrative et de solde (FUGAS). Entre corruption, fonctionnaires fantômes et complicités internes, la justice guinéenne s'attaque à l’un des plus gros gisements de détournement de deniers publics.
L’annonce n’est pas qu’une simple formalité administrative ; elle est le signal d’une offensive coordonnée. En mobilisant une formation mixte d’Officiers de Police Judiciaire (OPJ) issus de la Gendarmerie et de la Police Nationale, la CRIEF entend mettre fin à un système de fraude qui gangrène l’Administration Publique depuis trop longtemps. Les chefs d’accusation sont d’une gravité extrême : corruption d’agents publics, enrichissement illicite, faux et usage de faux en écritures publiques, et blanchiment de capitaux. En ciblant le fichier FUGAS, la justice vise le cœur du système de rémunération de l'État, là où l'opacité a souvent servi de bouclier à l'impunité.
Le champ d’investigation défini par le Parquet Spécial est d'une précision chirurgicale. Les enquêteurs ont pour mission de passer au crible six zones critiques. Il s’agit notamment de la vérification des diplômes pour déceler les faux titres, mais surtout de la traque physique des agents : ceux qui perçoivent des salaires sans jamais occuper de poste, ceux qui continuent d’être payés après avoir été radiés, ou pire, le cas des agents décédés dont les émoluments sont détournés par des réseaux de substitution. Plus frappant encore, l’enquête cible les agents ayant abandonné leur poste pour l’étranger tout en continuant de percevoir leurs virements bancaires, pointant du doigt la complicité présumée de certains comptables publics et responsables des ressources humaines.
Au-delà de la répression, cette démarche s’inscrit dans une volonté de fiabilisation des données de l'État. En impliquant des organismes tels que l'ORDEF et l'Agence Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLC-PBG), le Parquet Spécial cherche à instaurer une transparence totale. Pour le citoyen guinéen, l'enjeu est double : s'assurer que chaque franc guinéen issu des impôts sert réellement à payer un service rendu, et restaurer l'équité au sein de la Fonction Publique. La CRIEF, en rappelant le respect de la présomption d'innocence tout en ordonnant l'interpellation immédiate des auteurs et complices, joue ici sa crédibilité dans une lutte de longue haleine pour la bonne gouvernance.
Document joint
Crief Fugas.pdf (259 ko)
Soyez le premier à commenter cet article.