En rappelant les dispositions des articles 156 et suivants du code électoral relatifs aux conditions d’éligibilité et aux incompatibilités des hauts responsables publics candidats aux élections, la Direction Générale des Élections (DGE) met en garde contre toute confusion entre fonctions d’État et ambitions politiques. Dans un communiqué publié le 08 mai 2026, l’institution dénonce la poursuite, par certains candidats démissionnaires, de l’utilisation des moyens administratifs et des privilèges liés à leurs anciennes fonctions, en violation de l’esprit et de la lettre de la loi électorale.

Le communiqué publié ce 08 mai 2026 par la Direction Générale des Élections (DGE) sonne comme un rappel à l’ordre républicain. Derrière le langage administratif et les références aux articles 156 et suivants du code électoral, c’est en réalité une question fondamentale qui est posée à la classe dirigeante guinéenne : peut-on être candidat tout en continuant à exercer, de fait, les privilèges du pouvoir d’État ?

À travers cette sortie officielle, la DGE reconnaît implicitement l’existence d’un problème devenu presque banal dans la pratique politique nationale : des responsables officiellement démissionnaires qui continuent pourtant d’occuper leurs bureaux, d’utiliser les véhicules administratifs, les agents publics, les infrastructures de l’État et parfois même l’autorité symbolique de leurs anciennes fonctions dans le cadre de leurs activités politiques.

Autrement dit, certains candidats semblent avoir quitté leurs postes sur le papier, sans réellement quitter le pouvoir dans les faits.

Or, dans toute démocratie crédible, la démission exigée avant une candidature n’est pas une formalité décorative. Elle vise précisément à garantir l’égalité entre les compétiteurs politiques et à empêcher la confusion entre les ressources de l’État et les ambitions personnelles. Lorsqu’un haut cadre continue d’utiliser les moyens publics après sa démission, il ne bénéficie plus seulement d’un avantage administratif : il transforme l’appareil d’État en instrument de campagne.

C’est cette dérive que la DGE tente aujourd’hui de stopper.

Le communiqué rappelle avec fermeté qu’une démission implique la cessation effective de toute activité liée aux fonctions quittées : abandon des bureaux, renoncement aux privilèges, arrêt des réunions administratives et interdiction d’utiliser les moyens humains et matériels de l’État. Une précision qui peut paraître évidente dans un État de droit normal, mais qui devient nécessaire dans un contexte où les frontières entre administration et politique restent souvent floues.

Ce communiqué révèle également une inquiétude plus profonde : la crédibilité du processus électoral lui-même.

Car si les règles d’inéligibilité sont appliquées de manière sélective ou tolérante, alors le principe d’équité électorale perd toute sa substance. Comment convaincre l’opinion publique qu’un scrutin est transparent lorsque certains candidats disposent encore, officieusement, des leviers de l’administration publique pendant que d’autres mènent campagne avec leurs seuls moyens personnels ou partisans ?

La DGE joue donc ici une partie importante de sa crédibilité institutionnelle. Mais ce communiqué ne devra pas rester un simple exercice de communication administrative. La véritable question est désormais celle des sanctions et du contrôle. Les autorités électorales auront-elles le courage d’aller au-delà des rappels de principe ?

Les candidats concernés seront-ils rappelés à l’ordre, voire sanctionnés en cas de violation persistante du code électoral ?

C’est là que se jouera la confiance des citoyens.

Dans un pays où les institutions sont régulièrement accusées de partialité, l’application uniforme de la loi devient un test politique majeur. La démocratie ne se mesure pas seulement à l’organisation des élections, mais à la capacité des institutions à faire respecter les mêmes règles à tous, y compris aux puissants.

Ce communiqué de la DGE apparaît donc comme un avertissement clair : on ne peut pas prétendre solliciter les suffrages du peuple tout en conservant les avantages de l’État.

La neutralité de l’administration publique n’est pas une faveur accordée à l’opposition ou aux concurrents politiques. Elle constitue l’un des fondements essentiels de toute compétition électorale crédible.

Et en 2026, la Guinée ne peut plus se permettre des élections où certains candidats entrent dans l’arène avec les moyens de l’État pendant que d’autres n’ont que leurs convictions.

Document joint

COMMUNIQUE-NA°0010-MATD-DGE-DU-08-MAI-2026-1.pdf (666 ko)