À travers un décret signé par le président de la transition, Mamadi Doumbouya, la Guinée fait le choix de la continuité judiciaire. En prorogeant d’un an le départ à la retraite de plusieurs magistrats, initialement prévu fin 2025, l’exécutif entend éviter une rupture brutale dans le fonctionnement des juridictions.

La décision, rendue publique à la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, s’inscrit dans une logique pragmatique : prévenir un vide institutionnel dans un appareil judiciaire déjà sous tension. Car derrière cette prorogation exceptionnelle, se profile une réalité préoccupante  celle d’un système qui peine à renouveler ses ressources humaines au rythme de ses besoins.

En étalant les départs entre juin 2026 et juin 2027, le pouvoir opte pour une transition maîtrisée. Une mesure de précaution, certes, mais aussi un aveu implicite : le vivier de magistrats disponibles ne suffit pas encore à garantir la relève.

Toutefois, cette décision soulève une interrogation fondamentale. La prorogation est-elle une solution durable ou un simple palliatif ?

Car maintenir en fonction des magistrats au-delà de l’âge légal ne saurait constituer une réforme en soi. C’est une réponse d’urgence, qui doit impérativement s’accompagner d’une politique ambitieuse de recrutement, de formation et de modernisation du système judiciaire.

Le risque, sinon, est de figer une institution déjà confrontée à des défis majeurs : lenteur des procédures, surcharge des juridictions, et parfois déficit de confiance des citoyens.

Dans un contexte où la Guinée affiche des ambitions de refondation institutionnelle, la justice demeure un pilier stratégique. Elle ne peut se contenter d’ajustements temporaires. Elle exige une vision à long terme.

Dès lors, cette prorogation doit être comprise comme une fenêtre d’opportunité. Une année supplémentaire pour préparer efficacement la relève, renforcer les capacités et repenser l’organisation judiciaire.

MAGJURY pose une exigence claire : la continuité ne doit pas devenir une excuse pour différer les réformes structurelles.

Car une justice forte ne repose pas uniquement sur la magistrature des anciens, mais sur l’équilibre entre transmission et renouvellement.

En prolongeant ses magistrats, la Guinée gagne du temps. Reste à savoir si elle saura en faire un levier de transformation.