La démission de El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale, intervenue après le limogeage de Ousmane Sonko de la Primature, révèle une recomposition accélérée du pouvoir au Sénégal. Derrière cette séquence politique se cache une mécanique institutionnelle précise : transformer une éviction gouvernementale en reconquête parlementaire.

La crise ouverte au sommet de l’État sénégalais prend désormais une dimension institutionnelle majeure. Le limogeage de Ousmane Sonko de la Primature n’a pas seulement provoqué une onde de choc politique ; il a déclenché une réaction stratégique immédiate au sein même de la majorité Pastef. La démission de El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale apparaît ainsi comme la conséquence directe et organisée de cette éviction. 

Sur le terrain juridique, les textes encadrent clairement cette situation. L’article 54 de la Constitution sénégalaise dispose que « la qualité de membre du Gouvernement est incompatible avec un mandat parlementaire ». Cette incompatibilité est reprise par l’article 109 de l’ancien Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, selon lequel « le mandat de député est incompatible avec la qualité de membre du Gouvernement ». Enfin, l’article 7 du même règlement organise précisément la démission du député nommé au Gouvernement ainsi que l’installation de son suppléant.

Autrement dit, dès lors que Ousmane Sonko cesse d’être Premier ministre, il retrouve automatiquement sa qualité de député. La convocation rapide des parlementaires pour le mardi 26 mai ne constitue donc pas une simple formalité administrative : elle marque l’activation d’un mécanisme politique pensé pour repositionner Sonko au cœur des institutions.

Car le véritable enjeu dépasse la seule lecture constitutionnelle. En écartant Sonko de la Primature, le pouvoir exécutif croyait peut-être réduire son influence. Mais cette décision a paradoxalement déplacé le centre de gravité du pouvoir vers l’Assemblée nationale. La démission d’El Malick Ndiaye considéré comme l’un des hommes de confiance de Sonko, ouvre désormais la possibilité d’une accession de ce dernier au perchoir.

Cette hypothèse change profondément la nature du rapport de forces. La présidence de l’Assemblée nationale demeure la deuxième fonction protocolaire de l’État. Elle offre une visibilité institutionnelle considérable, un contrôle sur l’agenda législatif et une capacité d’influence politique durable. Ainsi, ce qui devait être un affaiblissement exécutif pourrait devenir une consolidation parlementaire.

La rapidité de la séquence démontre d’ailleurs que rien ne semble improvisé. Entre le limogeage, la démission de Ndiaye et la convocation express de l’Assemblée, tout laisse penser à une stratégie de contre-offensive destinée à transformer une sanction politique en victoire institutionnelle.

Au fond, cette crise révèle surtout les lignes de tension au sommet du pouvoir sénégalais. Le tandem entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, longtemps présenté comme indissociable, semble désormais traversé par des rivalités de légitimité et d’autorité. Le pouvoir réel se redéfinit progressivement entre l’Exécutif et le Parlement.

Le paradoxe est saisissant : en voulant éloigner Ousmane Sonko du Gouvernement, le pouvoir pourrait finalement lui offrir une nouvelle base institutionnelle encore plus stratégique. La démission d’El Malick Ndiaye n’est donc pas un simple épisode politique ; elle symbolise peut-être le début d’un nouveau partage du pouvoir au Sénégal, où l’Assemblée nationale pourrait devenir l’épicentre de l’équilibre institutionnel.