Le procès en appel de Dr Mohamed Diané connaît un nouveau tournant devant la chambre des appels de la CRIEF. Entre accusations de double matricule, soupçons de salaires occultes et dénonciation d’un prétendu « montage », l’audience du 21 mai 2026 a fait monter davantage la tension dans un dossier devenu emblématique de la lutte contre la corruption en Guinée. 

Depuis plusieurs mois, le procès de Dr Mohamed Diané dépasse largement le simple cadre judiciaire. Il est devenu un miroir des fractures politiques, institutionnelles et morales de la Guinée post-5 septembre 2021.

À chaque audience, le dossier semble quitter le terrain strict des faits comptables pour entrer dans celui, beaucoup plus explosif, de la confrontation politique et symbolique. Cette fois, le parquet spécial affirme détenir de nouveaux éléments : un supposé matricule lié à la Cour suprême qui aurait permis à un certain Mohamed Diané de percevoir plusieurs centaines de millions de francs guinéens. Une révélation grave, spectaculaire, et potentiellement dévastatrice si elle est prouvée. Mais pour l’instant, elle reste une annonce, une promesse de preuve, un élément brandi dans le prétoire sans encore être officiellement versé au débat contradictoire. 

Et c’est là tout l’enjeu.

Dans un État de droit, la justice ne peut fonctionner sur la base de l’émotion, des effets d’audience ou de la pression populaire. Elle doit reposer sur des preuves solides, vérifiables et incontestables. Sinon, le risque est immense : transformer une procédure judiciaire en théâtre politique permanent.

Depuis le début de cette affaire, le parquet spécial, sous l’impulsion d’Alphonse Charles Wright, adopte une stratégie offensive. Les demandes de comparution se multiplient, les révélations aussi. Après les questions sur le patrimoine, les comptes bancaires et les biens immobiliers, voilà désormais l’affaire des matricules et des salaires présumés occultes. 

Face à cela, Mohamed Diané continue de dénoncer un acharnement et un « montage ». Une ligne de défense prévisible, mais politiquement efficace dans une partie de l’opinion qui considère que certains procès de la CRIEF portent parfois une forte coloration politique.

Le danger, aujourd’hui, est double.

D’un côté, si les accusations sont fondées, alors la justice doit aller jusqu’au bout avec rigueur et impartialité. Car la Guinée ne pourra jamais reconstruire la confiance publique sans exiger des comptes à ceux qui ont géré des milliards de fonds publics.

Mais de l’autre côté, si les annonces spectaculaires ne débouchent pas sur des preuves irréfutables, alors c’est la crédibilité même de la CRIEF qui pourrait être fragilisée.

Une justice forte ne se mesure pas au volume des accusations. Elle se mesure à la qualité des preuves et à la solidité des décisions rendues.

Dans cette affaire, l’opinion publique attend désormais moins de déclarations choc et davantage de démonstrations juridiques.

Le procès Mohamed Diané est en train de devenir un test grandeur de nature pour la justice guinéenne. La CRIEF joue une partie décisive pour sa crédibilité : soit elle démontre, preuves à l’appui, l’existence d’un vaste système de détournement et d’enrichissement illicite ; soit elle donnera du poids à ceux qui dénoncent une justice d’exception à dimension politique.

Dans tous les cas, une chose est certaine : la Guinée ne sortira grandie que d’une justice sereine, équilibrée et irréprochable. Car dans un procès aussi sensible, la vérité doit être plus forte que le spectacle.