À Hong Kong, au sein du très fermé International Action Council qui réunit d’anciens chefs d’État et de gouvernement du monde, l’ancien Premier ministre guinéen Kabiné Komara a porté un discours rare : celui d’une Afrique qui refuse désormais la dépendance et veut peser dans les grandes orientations internationales. Au-delà des déclarations diplomatiques, sa présence révèle surtout une ambition : replacer la Guinée dans les cercles où se pensent les équilibres du monde.
Dans un monde traversé par les guerres, les fractures géopolitiques et les replis stratégiques, la présence de Kabiné Komara à la 40e session de l’International Action Council n’est pas un simple fait protocolaire. Elle possède une portée symbolique forte pour la Guinée et, plus largement, pour l’Afrique.
Pendant que les grandes puissances augmentent leurs dépenses militaires et redessinent leurs alliances, les pays africains continuent de subir les conséquences économiques, climatiques et sociales des crises mondiales sans réellement participer aux décisions qui les provoquent. C’est précisément ce déséquilibre que l’ancien Premier ministre guinéen a tenté de dénoncer à Hong Kong.
Le constat dressé par Komara est lucide : l’aide publique au développement s’effrite, les promesses internationales s’éloignent, et les objectifs de développement durable deviennent presque hors de portée pour plusieurs pays du Sud. Mais au lieu de s’enfermer dans le discours victimaire souvent entendu dans les forums internationaux, il a défendu une autre approche : celle de la transformation interne.
Mobilisation des ressources nationales, diversification des partenariats, création de fonds souverains, digitalisation des économies, investissement dans le capital humain : ces orientations traduisent une conviction de plus en plus partagée sur le continent. L’Afrique ne peut plus attendre son salut de l’extérieur.
Cette prise de parole intervient également dans un contexte mondial où les voix modérées deviennent rares. Entre tensions militaires, rivalités économiques et crises climatiques, les espaces de dialogue se rétrécissent dangereusement. En intégrant cette organisation composée d’anciens dirigeants influents, Kabiné Komara apporte une perspective africaine souvent absente des grandes réflexions stratégiques mondiales.
Plus important encore, il a obtenu un accord de principe pour organiser la prochaine rencontre de l’Association en Afrique, notamment en Guinée. Ce détail, qui pourrait paraître secondaire, constitue pourtant un signal diplomatique fort. Accueillir un tel rendez-vous reviendrait à placer, le temps d’un sommet, les préoccupations africaines au centre de l’agenda international.
Dans une époque dominée par les rapports de force, la Guinée ne dispose ni d’une puissance militaire majeure ni d’un poids économique déterminant. Mais elle peut encore faire entendre sa voix par l’intelligence diplomatique, la crédibilité de ses représentants et sa capacité à porter les enjeux africains dans les grandes enceintes internationales. À Hong Kong, Kabiné Komara a rappelé qu’au milieu du vacarme mondial, l’Afrique refuse désormais d’être un simple spectateur de l’histoire.
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