Le vandalisme d’une officine de santé à Maferenyah, sur fond de conflit domanial, interpelle sur la sécurité des professionnels de santé en Guinée. Au-delà des pertes matérielles de la Pharmacie Maman Touhon, c'est l'accès aux soins d'une population entière qui est pris en otage par la violence aveugle.

L’image est insoutenable : des rayonnages brisés, des médicaments piétinés et le travail de toute une vie, celui du Dr Cece Noramou, réduit à néant. En s’attaquant à la Pharmacie Maman Touhon à la suite d’un litige foncier avec une partie de la communauté de Maferenyah, les auteurs de ces actes n'ont pas seulement visé un bâtiment ou un investissement privé. Ils ont frappé un pilier de la santé publique.

Une pharmacie n'est pas un commerce ordinaire. C’est un établissement de santé qui assure une mission de service public, souvent le premier recours pour les familles en cas d'urgence. En vandalisant ce lieu, on rompt brutalement la continuité des soins et on installe un climat de terreur qui pourrait décourager les professionnels de santé de s’installer dans nos zones rurales ou périphériques.

Le communiqué du Conseil de Section A de l’Ordre National des Pharmaciens est sans équivoque : rien, absolument rien, ne saurait justifier que l’on se fasse justice soi-même, surtout en s'en prenant à un outil de santé. Si le droit de propriété et les conflits domaniaux sont des réalités complexes en Guinée, ils doivent se régler devant les tribunaux, et non par la force brute et la destruction.

Aujourd'hui, la solidarité envers notre confrère de la 50ème promotion de l'UGANC doit s'accompagner d'une réponse institutionnelle ferme. La sécurité des personnels de santé est une condition non négociable du développement sanitaire de notre pays.

Il appartient désormais aux autorités judiciaires et sécuritaires de transformer l’indignation en actes. Identifier, interpeller et juger les auteurs et commanditaires de ce saccage est le seul moyen de rappeler que nul n’est au-dessus de la loi, et que la santé des Guinéens ne doit plus jamais être la victime collatérale de querelles de voisinage.