À l'approche du double scrutin législatif et communal en Guinée, l'équité démocratique est au cœur des débats. Alors que la mouvance présidentielle bat campagne librement, l'opposition indépendante fait face à un verrouillage administratif persistant. Ce choix de l'exclusion expose le futur Parlement au risque d'un monolithisme stérile, incapable de refléter la diversité nationale ou d'anticiper les crises à venir. C'est pour analyser cette impasse et explorer les voies d'une résistance politique constructive hors des institutions que la rédaction de MAGJURY est allée à la rencontre de Mamadou Oury Diallo, président de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG).
MAGJURY : Monsieur le président, à l'approche de ce double scrutin, de nombreux observateurs et leaders politiques dénoncent un paysage fragmenté et un « deux poids, deux mesures » flagrant entre les partis alliés au gouvernement militaire et l'opposition, dont les activités sont souvent entravées. Quelle est la position de la LDRG face à cette situation ?
Mamadou Oury Diallo : Je vous remercie pour l'opportunité que vous m'offrez de m'exprimer dans les colonnes de MAGJURY. Le constat que vous dressez est malheureusement une réalité que nous observons et subissons sur le terrain. Nous estimons que la restriction des libertés publiques et l'utilisation de règlements administratifs pour limiter la participation politique constituent une violation flagrante de nos droits. Notre formation a elle-même été confrontée à ces obstacles, notamment le refus de nous délivrer un agrément en bonne et due forme pour concourir librement.
Cette approche est un mauvais chemin qui mène droit à un cul-de-sac institutionnel. Si le gouvernement actuel ne fait élire que des acteurs qui partagent sa seule et unique vision, nous allons nous retrouver avec des institutions aveugles. Le Parlement est censé refléter toutes les opinions de la nation. S'il ne regarde que dans une seule direction, le gouvernement se privera de l'esprit critique nécessaire pour anticiper les futures crises économiques et sociales. Cette législature s'apparente malheureusement à une distribution de récompenses pour ceux qui ont soutenu le régime, au détriment de l'inclusivité et de la compétence.
MAGJURY : Justement, si la LDRG se retrouve de fait exclue de la course institutionnelle pour ces échéances, quelle sera votre stratégie ? Comment un parti politique peut-il exister et peser sur le débat national en dehors des institutions ?
Mamadou Oury Diallo : Ce n'est pas parce que nous sommes temporairement maintenus hors des institutions que nous allons cesser d'exercer notre mandat politique. Notre légitimité émane de nos militants et du peuple de Guinée qui se reconnaît dans nos idées. Le travail d'opposant est exigeant. Il ne consiste pas à s'installer à dix mille kilomètres pour critiquer stérilement tout ce qui se fait.
Notre rôle actuel est de mener une opposition constructive sur le terrain. Cela signifie avoir le courage de dire ce qui est bon lorsque c'est le cas, mais aussi dénoncer fermement ce qui ne va pas, tout en apportant des propositions concrètes. Nous mettons l'accent sur l'éducation des populations et la conscientisation. Notre but est de construire une large majorité d'idées au sein de la nation. La politique est une course de fond ; nous continuons à structurer notre base et à partager notre vision réformiste auprès des citoyens.
MAGJURY : Quel est alors votre message à l'endroit des autorités de la transition concernant la suite du processus et la présentation future de votre parti aux prochaines échéances électorales ?
Mamadou Oury Diallo : Notre ligne directrice reste inchangée : nous appelons solennellement à un grand dialogue national inclusif, réunissant toutes les parties prenantes, y compris les acteurs politiques qui ont été injustement mis de côté. C'est le seul moyen de définir une feuille de route consensuelle garantissant la stabilité de notre pays, ce qui est d'ailleurs dans l'intérêt supérieur de la République et du gouvernement lui-même.
Pour ce qui est de l'avenir de la LDRG, notre ambition reste entière. Nous espérons que d'ici la seconde législature et les scrutins présidentiels à venir, les leçons de ce scrutin unicolore auront été tirées. Le pouvoir se rendra compte que des élus choisis uniquement sur des critères de loyauté textuelle ne peuvent pas l'aider efficacement dans l'exercice du pouvoir législatif. Nous nous préparons activement pour les échéances futures. Le moment venu, lorsque le nom de notre parti figurera sur le bulletin de vote, nous sommes convaincus que les populations, éduquées et conscientes des enjeux, sauront faire le choix de la compétence, de la transparence et des réformes structurelles dont la Guinée a besoin.
En déplaçant le combat politique des urnes vers le terrain de l'éducation citoyenne et de la bataille des idées, la LDRG rappelle qu'une opposition ne tire pas sa légitimité d'un simple décret, mais de sa constance doctrinale. Reste à savoir si le pouvoir de transition saura entendre cet appel au dialogue avant que le futur Parlement unicolore ne se transforme en un cul-de-sac institutionnel. Pour la Guinée, le chemin de la stabilité durable passera inévitablement par le courage de l'inclusivité.
Soyez le premier à commenter cet article.