Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a réagi aux menaces de débrayage annoncées par certains membres de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Cette réaction intervient après le placement sous mandat de dépôt de deux huissiers, poursuivis aux côtés d’une avocate dans une affaire impliquant Ecobank Guinée SA. Le ministère public défend la régularité de la procédure et affirme qu’il poursuivra le dossier dans le respect des règles de droit.Le parquet spécial près la CRIEF a publié un communiqué en réponse aux menaces de débrayage formulées par certains membres de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée, à l’issue d’une assemblée extraordinaire tenue le 2 octobre 2026.

La mobilisation fait suite au placement sous mandat de dépôt de Maître Sory Daouda Camara, huissier de justice, et de Mandjou Sangaré. Les deux hommes sont poursuivis aux côtés de l’avocate Halimé Saad Chalhoub pour des faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux en écriture publique et authentique, d’usage de faux, d’usurpation de titre et de fonction, ainsi que de complicité.

Dans son communiqué n° 592/CRIEF/PPS/2026, le parquet indique avoir été saisi, le 16 juin 2026, d’une plainte déposée par Ecobank Guinée SA.

Selon les éléments présentés par le ministère public, une créance reconnue en 1999 au bénéfice de Maître Chalhoub contre le Centre commercial Africof de Madina n’aurait pas été déclarée lors de la liquidation des biens de la société, publiée en 2012. Le parquet précise également que les comptes d’Africof ouverts auprès d’Ecobank auraient été clôturés en 2014.

En 2018, une procédure de saisie-attribution aurait néanmoins été engagée. L’acte aurait été signifié par Mandjou Sangaré, qui se serait présenté comme clerc d’huissier alors qu’il n’était pas assermenté, selon le parquet.

Le tribunal avait par la suite déclaré le procès-verbal concerné nul et de nullité absolue, toujours selon le ministère public.

La procédure aurait toutefois été poursuivie jusqu’à un arrêt de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), rendu en octobre 2025. Cette décision aurait condamné Ecobank à payer plus de 4,6 millions de dollars américains ainsi que plus de 3 milliards de francs guinéens.

À la suite de la plainte déposée par la banque, le parquet spécial indique avoir ouvert une enquête préliminaire. À l’issue de celle-ci, Maître Halimé Saad Chalhoub aurait quitté le territoire national.

Les deux autres mis en cause ont, eux, été déférés et placés sous mandat de dépôt dans le cadre de la procédure engagée par le parquet. Ils ont ensuite été présentés devant la chambre de jugement de la CRIEF. Une demande de remise en liberté a été rejetée comme prématurée, selon le communiqué.

Le parquet indique également que son procureur spécial avait invité le président de la Chambre nationale des huissiers de justice, Maître Aboubacar Camara, à un échange contradictoire d’une trentaine de minutes avant l’orientation de la procédure.

Selon le ministère public, cette rencontre n’a pas eu lieu et la Chambre a plutôt annoncé un mouvement de débrayage pour réclamer la libération des deux huissiers.

Le parquet spécial affirme que les poursuites ne visent pas la profession d’huissier de justice en tant que telle, mais des personnes mises en cause dans une procédure pénale déterminée. Il rappelle à ce titre le principe de la responsabilité pénale personnelle.

Il soutient par ailleurs que les privilèges et immunités de juridiction ne sont pas opposables à la CRIEF, conformément aux dispositions de l’ordonnance de 2021 portant création, organisation et fonctionnement de la juridiction.

Le parquet assure enfin que la procédure se poursuivra jusqu’à son terme, dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence. Il invite les différentes parties à faire valoir leurs arguments par les voies de droit prévues par la législation.

Aucune décision définitive sur la culpabilité des personnes poursuivies n’a, à ce stade, été évoquée dans le communiqué du parquet.

 

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