Guinée : Le Garde des Sceaux Ibrahima Sory II Tounkara prône une responsabilité collective face au Barreau

​Conakry, le 20 février 2026

 Pour sa première prise de contact officielle avec les acteurs du monde judiciaire, le nouveau ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a choisi le Barreau de Guinée comme étape inaugurale. Dans l’enceinte symbolique du bâtiment abritant le procès du 28 septembre 2009, le Garde des Sceaux a délivré un message de cohésion, liant son succès ministériel à la mobilisation de l’ensemble des auxiliaires de justice.

​La rencontre, décrite par les participants comme franche et confraternelle, n'a pas éludé les zones d'ombre du système judiciaire guinéen. Le Bâtonnier, Maître Mamadou Souaré Diop, a dressé un inventaire rigoureux des dysfonctionnements structurels qui entravent l'exercice de la profession d'avocat et l'accès au droit :

  • ​L'insécurité documentaire : La disparition récurrente de dossiers au sein des greffes de certaines juridictions.
  • ​Les manquements procéduraux : Le prononcé de décisions de justice sans rédaction préalable (absence de "grosses" disponibles).
  • ​La précarité institutionnelle : Créé en 1986, le Barreau de Guinée ne dispose toujours pas de Maison de l’Avocat, ni de subvention étatique pérenne.

​« Un pays où le droit n’est pas respecté ne connaîtra pas de développement », a martelé le Bâtonnier, rappelant que l'État a l'obligation de soutenir le Barreau en tant qu'acteur essentiel du service public.

​Au-delà des questions logistiques, le Barreau a interpellé le ministre sur la dégradation du climat des libertés publiques. Maître Diop a exprimé la vive préoccupation des avocats face à la multiplication des arrestations arbitraires et des disparitions forcées non élucidées.

​Le Garde des Sceaux est attendu sur sa capacité à restaurer l'autorité de la loi et à garantir que les procédures d'interpellation respectent strictement le cadre légal, condition sine qua non d'un État de droit.

​Répondant aux doléances, Ibrahima Sory II Tounkara a opté pour un discours de vérité teinté d'une mise en garde sur la crédibilité de la corporation judiciaire. Pour lui, la nomination d'un magistrat à la tête du ministère est un test pour l'ensemble de la famille judiciaire.