Le 1er juin 2026, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité, en première lecture, la proposition de loi dite « Bétharram », visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire et périscolaire. Ce texte est né des révélations accablantes concernant l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram et des conclusions d’une vaste commission d’enquête parlementaire sur les violences subies par des milliers d’élèves.

Au-delà du cas français, cette réforme interpelle directement les États africains. Car si les violences physiques, psychologiques, sexuelles et les humiliations en milieu scolaire constituent aujourd’hui un scandale national en France, elles demeurent encore trop souvent une réalité silencieuse dans de nombreux pays du continent.

En Afrique, et particulièrement en Guinée, les textes juridiques existent. Le Code de l’enfant, les conventions internationales ratifiées par l’État ainsi que plusieurs dispositions pénales protègent théoriquement les mineurs contre toute forme de violence. Pourtant, entre la loi et la réalité du terrain, l’écart reste considérable.

Dans de nombreuses écoles, les châtiments corporels continuent d’être tolérés sous couvert de discipline. Les violences sexuelles demeurent largement sous-déclarées. Les mécanismes de signalement sont faibles, les enquêtes rares et les sanctions souvent insuffisantes. Plus préoccupant encore, la parole de l’enfant peine encore à être reconnue comme une preuve digne d’attention.

L’affaire Bétharram démontre qu’une société progresse lorsqu’elle accepte de regarder ses propres défaillances en face. En France, le législateur a choisi de transformer un scandale en réforme. Il renforce les contrôles des personnels éducatifs, impose davantage de vigilance aux établissements et rappelle que la protection de l’enfant constitue une responsabilité collective de l’État.

La Guinée gagnerait à s’inspirer de cette démarche. Non pas en copiant mécaniquement une loi étrangère, mais en engageant une réflexion nationale sur la sécurité des enfants dans les écoles, les internats, les centres de loisirs, les structures religieuses et l’ensemble des espaces éducatifs. Une politique moderne de protection de l’enfance ne peut se limiter à punir après les faits ; elle doit prévenir, détecter, accompagner et réparer.

L’avenir d’une nation se mesure à la manière dont elle protège ses enfants. Lorsqu’un élève est victime de violences à l’école, ce n’est pas seulement un enfant qui souffre : c’est l’autorité de l’État qui est mise en cause, c’est la confiance des familles qui s’effondre, c’est l’école elle-même qui trahit sa mission.

La loi Bétharram rappelle une vérité universelle : aucune considération institutionnelle, religieuse, culturelle ou disciplinaire ne peut justifier le silence face aux violences faites aux enfants.

L’Afrique ne manque pas de textes. Elle manque parfois de volonté politique pour les faire vivre. Et c’est précisément là que réside aujourd’hui le véritable défi.

Une société qui protège ses enfants prépare son avenir. Une société qui ferme les yeux sur leurs souffrances organise son propre déclin.