Le temple du savoir est-il en train de devenir un terrain de chasse pour les prédateurs en col blanc ?
Le récit qui nous parvient aujourd’hui n'est pas seulement une énième chronique judiciaire ; c'est le cri d'une enfance brisée sur l'autel de l'abus de pouvoir. L’affaire Tenin Oularé, cette élève de 11ème année dont le destin a basculé dans l’enceinte même de son école, place la société guinéenne face à ses démons les plus sombres : la trahison de la confiance sacrée entre l'enseignant et l'élève.
L'horreur tient en quelques faits d'une précision chirurgicale. Profitant d'une heure de permanence, Monsieur Gaoussou Soumah, professeur de Français celui-là même censé enseigner les Lumières, a utilisé son autorité pour isoler et piéger une mineure de 16 ans. Les mots de la victime résonnent encore comme un réquisitoire contre l'infamie : « Monsieur, je vous ai expliqué mon cas... je pensais que vous étiez un professeur responsable », lui a-t-elle lancé, en vain, avant d'être entraînée dans l'enceinte d'un motel vers les Ecoles Bah-Kann.
Entre ces murs anonymes, la force a triomphé de l'innocence. Ni les supplications, ni les pleurs n'ont freiné la pulsion criminelle de l'agresseur. « Est-ce que vous savez que je peux avoir l’âge de votre enfant ? J’ai 16 ans », a-t-elle imploré alors qu'il ignorait son refus. À la douleur physique et aux saignements, le professeur n'a opposé qu'une promesse dérisoire : celle de « l'honorer » en faisant d'elle sa seconde femme.
Au-delà de l'acte odieux, c'est la mécanique du silence qui glace le sang. En glissant deux billets de 5 000 GNF dans la poche d'une jeune fille en larmes et en lui intimant l'ordre de ne rien dire à sa mère, Gaoussou Soumah a tenté de transformer un crime capital en une banale affaire de quartier. « Je vais te prendre comme seconde femme », disait-il pour étouffer les sanglots, comme si une alliance pouvait effacer l'effraction d'une vie.
MAGJURY s’interroge : comment une mineure peut-elle être conduite dans une chambre de passage sous les yeux d'un gérant sans que l'alarme ne soit sonnée ?
La complicité tacite de ceux qui encaissent l'argent du vice est le carburant de ces drames.
Aujourd'hui, le dossier est versé à l'OPROGEM. Mais au-delà de la procédure pénale pour viol aggravé, c'est un procès de conscience qui s'ouvre. Nous avons le devoir de protéger les Tenin Oularé de demain. La justice doit être exemplaire, car lorsque la craie se souille du sang de l'innocence, c'est toute la République qui s'assombrit.
Pour que force reste à la Loi, et que le silence change enfin de camp.
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