Scène inédite dans la procédure visant l’ancien Premier ministre guinéen : la CRIEF a tenu une audience foraine directement à la clinique Pasteur de Conakry, où Ibrahima Kassory Fofana est hospitalisé. Face à un état de santé jugé incompatible avec une comparution classique, ses avocats tirent la sonnette d'alarme et exigent une évacuation sanitaire immédiate, tout en dénonçant des vices de procédure et le dépassement des délais légaux de jugement.
La Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a tenu une audience exceptionnelle à la clinique Pasteur de Conakry dans le dossier impliquant Kassory Fofana, hospitalisé depuis plusieurs mois pour des raisons médicales.
À l’issue de cette comparution organisée sous forme de tribunal forain, l’avocat de l’ancien Premier ministre a longuement expliqué devant les journalistes les raisons ayant conduit la Cour à se déplacer dans l’établissement sanitaire.
Selon lui, cette démarche démontre que l’état de santé de son client est réel et incompatible avec une comparution classique devant la juridiction.
« Certains pensaient qu’il cherchait à saboter la procédure. Mais son état de santé était jugé insuffisant et il ne pouvait pas comparaître », a soutenu l’avocat.
La défense affirme que Kassory Fofana souffre d’une maladie nécessitant des soins spécialisés impossibles à administrer localement. Elle plaide désormais pour une évacuation médicale urgente à l’étranger.
« Si l’on veut lui sauver la vie, il faut le laisser partir se faire soigner », a déclaré l’avocat, précisant que l’ancien Premier ministre bénéficie certes d’une liberté provisoire, mais demeure hospitalisé.
Au-delà de la question sanitaire, les avocats contestent également la procédure judiciaire en cours devant la CRIEF. Ils estiment que le dossier a été enrichi par de nouvelles pièces auxquelles la défense n’aurait pas encore eu pleinement accès.
Pour l’avocat, le renvoi de l’affaire doit permettre « que le contradictoire s’installe et que les débats se déroulent loyalement ».
La défense considère aussi que les délais légaux de traitement du dossier n’ont pas été respectés. « La loi prévoit un jugement dans un délai de trois mois en appel, mais cela fait plus d’un an », a-t-il dénoncé.
L’avocat est également revenu sur les accusations financières visant son client, affirmant qu’une partie importante des fonds évoqués dans le dossier serait toujours disponible au Trésor public.
En attendant la reprise des débats, la CRIEF n’a pas encore communiqué de nouvelle date d’audience dans cette affaire qui continue de susciter de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique guinéenne.
Par Damba Morlaye
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